Philippe Grimbert : La petite robe de Paul / Dérobade
Philippe Grimbert est un écrivain désormais célèbre. En 2004, il obtient le prix Goncourt des lycéens pour Un secret, qui a donné lieu à un film signé Claude Miller en 2007. Mais Un secret n’est pas de premier roman de Philippe Grimbert. Auparavant – en 2001 - il fait paraître, entre autres, La petite robe de Paul aux éditions Grasset.
Lors d’une promenade ne ville, Paul tombe en extase devant une vitrine derrière laquelle on peut voir une petite robe blanche pour fillette. Sans trop savoir pourquoi, il achète le vêtement en taille 6 ans. Son épouse, Irène, alors qu’elle se livre à un tri de vêtements dans le dressing, découvre cette robe soigneusement cachée par son mari. Viennent alors une multitude de questions sur le pourquoi de cet achat. Paul aurait-il une double vie ? Un enfant caché ? Et si la présence de cette robe avait à voir avec la fausse-couche dont elle a été victime après la naissance de leur fille unique, Agnès ? Tandis que la petite robe renvoie Agnès à la perte de son enfant et à la mort accidentelle de ses deux parents, Paul, de son côté, est instinctivement porté vers le jardin de sa mère où est enfouie une boîte contenant une photo de son père décédé et d’une petite fille en robe blanche dont il ne connaissait pas l‘existence. Par ailleurs, il est, lui aussi, face à cette petite fille qui n’est jamais née puisque sa femme a fait une fausse-couche. Cependant, Paul et sa femme ne parviennent pas à évoquer la robe que l’un a achetée et cachée dans le dressing, et que l’autre a découvert. Le non-dit s’installe entre eux et, avec lui, le malentendu. Un jour, Irène est prise d’une crise d’hystérie alors qu’elle est face à la petite robe blanche. Elle se lacère le vagin et souille de sang la robe. Paul la découvre par terre avec le vêtement entre les jambes. Après une explication dans laquelle est évoquée leur fille perdue, ils font l’amour et se réconcilient.
Avec La petite robe de Paul, Philippe Grimbert signe un roman précurseur de celui qui le rendra célèbre : Un secret. Mais autant Un secret est une réussite, autant La petite robe de Paul paraît être un roman inconsistant et très oubliable. Pourtant, l’auteur exploite le même thème – comment la mort d’un être qu’on n’a pas vraiment connu impacte l’inconscient et le conscient – et les mêmes recettes – l’influence de la psychanalyse dans la construction d’une personne.
Parlons, tout d’abord, de l’influence de la psychanalyse dans la construction des personnages. Je dois dire que je trouve cette approche très contestable car elle ne permet pas de construire un personnage. Au contraire. Elle le déconstruit. Ce dernier n’est plus que morceaux épars soumis à des névroses qui le disloquent. On voit bien également le côté réducteur de cette approche : Irène, par exemple, se résume à une sorte de mater dolorosa marquée par la fausse couche qu’elle a subie et par le manque de cet enfant mort avant naissance. Quant à Paul - un peu comme le narrateur d’Un secret découvre qu’il a eu un frère, désormais décédé - il prend peu à peu conscience de l’existence d’une petite fille – sans doute une sœur – qu’il n’a jamais connue.
Par ailleurs, cette approche donne lieu à des scènes d’hystérie grotesques, mais cependant incontournables lorsqu’il s’agit d’approche psychanalytique. Ainsi, le roman s’achève dans le grand-guignol : Irène frotte son sexe sanglant avec la petite robe de Paul qui est blanche, bien évidemment.
Alors peut-être que le but de Philippe Grimbert, c’est de faire de la petite robe blanche le personnage principal du roman. D’ailleurs, elle seule est décrite tandis que les personnages ne le sont pas. Cependant, ce personnage de tissu est sans intérêt réel. Il se conçoit comme une métonymie des deux petites filles mortes : une enfant mort-née et une sœur (ou demi-sœur) cachée.
Il faut dire qu’avec la psychanalyse, ce sont toujours les mêmes ficelles qui sont utilisées. Les personnages sont la proie d’un passé refoulé ; ils portent en eux, dans leur inconscient, la trace d’un membre de leur famille dont ils n’ont pas eu connaissance. Ce souvenir qui stagne dans les limbes de l’inconscient, surgit dans le conscient par un mécanisme d’association d’idées. Ainsi, c’est la petite robe blanche qui fait remonter sous forme de névroses l’existence enfouie d’une petite fille qui portait une robe semblable sur une photo.
Ainsi, je dois bien dire que, même si ce roman se lit sans ennui, il est totalement inconsistant et peu crédible. La petite robe de Paul aurait aussi bien pu rester dans le vestiaire d’où Philippe Grimbert l’a malencontreusement extirpée.
A découvrir aussi
- Irène Némirovsky : Chaleur du sang / ni chaud, ni froid.
- Nelly Harrau : Fraise / un fruit qui manque un peu de maturité.
- Mehdi Meklat & Badroudine Saïd Abdallah : Burn out / Petit brûlot
Inscrivez-vous au blog
Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour
Rejoignez les 43 autres membres