LECTURES VAGABONDES

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Jay McInerney : Glamour Attitude… versus Hél(l)ène attitude


Pensez-vous que je sois glamour pendant les vacances ? Je randonne entre 4 et 6 heures par jour… Ici, en Grèce, la marche à pied, en été, c'est très physique : chaleur intense, montagnes nues, pelées, pas de sources… eau à porter : sac à dos de 8 kilos. Je vous laisse imaginer votre Hélène de service vers midi solaire : rougeoyante, suante, transpirante, haletante, hurlante… vociférante. (1) Out of glamour !  

Qu'est-ce que je vais donc m'embêter avec des romans qui traitent du monde people tellement superficiel, de ce monde qui peut faire parfois rêver… mais jamais lorsqu'on est en vacances : relax, heureux, rasséréné ; bref, pourquoi me suis-je collée comme lecture de vacances, ce roman de Jay McInerney : Glamour Attitude, paru en 1999 aux éditions de l'Olivier/le Seuil ?

Connor McBright est rédacteur people au magazine ciao Bella. Il vit à New York avec un sublime top model qui rêve de devenir actrice - Philomèna. Connor n'ose guère lui demander de l'épouser,  pourtant, il en meurt d'envie. Cependant, la jeune femme doit partir pour San Francisco… Peu à peu, l'inquiétude gagne Connor : et si Philomèna le trompait ? Ses craintes s'avèrent fondées : un jour, au téléphone, la jeune femme annonce à notre héros qu'elle le quitte… pour un acteur de seconde zone : Chip Ralston, acteur sur lequel Connor devait justement écrire un article.

Glamour Attitude a pour ambition de raconter avant tout les angoisses existentielles de Connor McBright dans un monde qu'il n'apprécie pas trop : le monde de la mode, du cinéma, le star système. On s'attendrait donc à une évocation au vitriol de ce monde du show business, superficiel et vide, peuplé d'individus qui ne pensent qu'à leur image… Mais point du tout, en fait : Connor est angoissé à l'idée de perdre Philomèna, et Jay McInerney décline cette obsession en solitaire, en famille, entre amis… Ainsi donc, Philomèna avait la voix hésitante, sur le dernier message laissé sur le répondeur… Pourquoi ? Et nous voilà partis pour quelques pages de masturbation cérébrale sur le pourquoi du comment de la voix hésitante de Philoména : Connor confie ses soucis à sa sœur – Brooke - à son ami - Jérémy. Entre deux, il se pose aussi des questions sur son avenir sentimental et évoque quelques fantasmes sexuels… Il est vrai que Philomèna manque de ferveur, niveau sexe : le pauvre Connor dort souvent sur la béquille et rêve beaucoup plus de sa petite amie qu'il ne lui fait l'amour. Je dois avouer que j'attendais un peu plus de ce livre que ces banales et soûlantes ratiocinations d'un homme - plus ou moins looser - torturé par des questionnements affectifs. Passe encore si c'est fait avec le talent et l'humour d'un Woody Allen… et encore ! Tout n'est pas bon à prendre, chez ce dernier.

Finalement, le monde de la mode et celui du star système, ne sont que superficiellement effleurés, à travers des scènes très convenues : cocktails où il est de bon ton de faire une apparition, soirées champagne/cocaïne/mojito ; filles habillées en Prada, garçons habillés en Hugo Boss : tous affichent un air distant et désabusé… Bref ! pas besoin de lire Glamour Attitude pour imaginer ce genre de scènes qui pullulent dans les mauvaises séries américaines destinées à faire rêver les ploucs du fin fond de l'Iowa et de l'Europe.  

Par ailleurs, Jay McInerney m'a tout l'air de cracher dans la soupe : il cherche à afficher des distances avec un monde qui est cependant le sien, un monde dont il ne peut se passer, dont il est partie prenante, un monde qui constitue son public puisqu'il est l'écrivain qu'il faut « absolutly » lire dans les milieux branchés New-Yorkais. Il est incapable de proposer un regard distancié et corrosif sur ce monde qui le fascine beaucoup trop ! D'ailleurs, de nombreuses pages me sont restées totalement hermétiques car elles ne sont qu'un catalogue de références, de marques, d'adresses, qu'il est de bon ton de connaître quand on est un initié… Bref, moi, lectrice française lambda, je devrais me sentir plouc, car je ne connais pas…

« James Croydon, rédacteur en chef de Beau Monde, équipé de pied en cap à Savile Row qui semble se livrer à une imitation de Tom Wolfe, et Todd Fulham, le décorateur, tout de noir vêtu comme il convient aux ressortissants de SoHo, qui me dit avoir décoré l'appartement-terrasse, dernier étage, acheté dix millions de dollars et déguisé en pavillon de chasse des Adirondacks. Il m'en fait faire une brève visite, me montrant le Stickley signé, le lit de repos Wiliam Morris, la toile de Frida Kalho, les poteries Hopi et les faïences de Marblehead ».

Et vous ? Vous connaissez ? Non ? Eh bien, disons donc que ce bouquin s'adresse à tous ceux qui connaissent ces références et qui seront heureux de se reconnaitre dans ce roman ! Je pense donc que le gratin  New-Yorkais devrait aimer ce bouquin qui parle de lui avec une feinte dérision… destinée à le flatter, lui qui a besoin de cette hypocrisie pour pouvoir s'admirer sans complexes… L'éloge trop direct… ça ne flatte guère l'intelligence de celui dont on fait l'éloge ! Mais mis à part le gratin New-Yorkais, je ne vois pas qui Glamour Attitude peut intéresser. 

Quelques mots rapides des deux autres personnages importants de Glamour Attitude : Brooke, la sœur de Connor, est anorexique ; elle se scarifie, également. Elle fait des recherches sur les génocides… Jérémy est un écrivain qui veut percer pour son talent… Il a peur de se compromettre dans les soirées « people »… Mais quand même, il s'y rend. Ensuite, il se prend la tête pendant des jours et des jours si un article paraît sur sa présence lors de cette soirée. Il se prend également la tête à cause de son chien. Ainsi, vous l'aurez compris : dans ce petit monde branché intello de New-York, personne n'est normal, et on a l'impression qu'il faut absolument afficher cette anormalité qui, dans ce monde-là, certifie une certaine intelligence. Moi, j'appelle ça du snobisme et je trouve ça insupportable… Mais Jay McInerney se contente de faire de ces snobs un portrait un peu moqueur qui les fait passer pour de doux-dingues rêveurs…Il ne fait jamais  sentir la posture snobinarde qu'il y a dans cette revendication égotiste de la différence…

Voilà : pour terminer, si, au début de cet article, j'ai évoqué quelques heures de vacances anti-glamour… il est désormais 17 heures : j'ai douché mon corps aminci par l'effort physique et le régime tomates, concombres, pastèques ; j'ai passé un voile de lait hydratant sur ma peau couleur café ; j'ai enfilé une robe d'été légère… Je vais descendre sur le port me jeter une Mythos glacée : les hommes vont me regarder, me sourire, se retourner sur mon passage… so glamour ! Et me voilà souriante, avenante, affriolante : la belle Hélène chez les Hellènes, c'est tout simplement mortel !

1 – Et oui,  je hurle, éructe et vocifère en randonnée, cet été, à cause d'une petite coutume locale grecque qui consiste à se lever au petit jour, abattre une ou deux chèvres dans la montagne, la dépecer sur place et abandonner la peau, la panse, les boyaux, la tête et les pattes (soigneusement sectionnées) sur le chemin… parfois, c'est bien rangé sur le côté… parfois, ça traîne partout… ça n'est jamais mis à l'écart, caché, balancé dans un fourré… Alors, toi qui randonnes paisiblement, tu tombes forcément sur ce spectacle macabre, fraichement mis en scène… et te voilà hurlant, vociférant, éructant d'horreur, de dégoût… et tu vomis ton petit-déj dans les fourrés…  So Glamour !



28/07/2011
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