LECTURES VAGABONDES

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Iny Lorentz : La catin – Tome 1 : La catin  

 

        

       Si vous aimez les sagas à rallonge des Angélique signée Anne et Serge Golon, vous allez craquer pour La catin (même si cette saga ne comporte que 3 tomes !). Nous allons donc nous transporter en Allemagne, du côté de Constance, en plein moyen-âge. La catin, c’est le titre du premier tome d’une saga intitulée La catin, saga signée Iny Lorentz et parue en France en 2008 aux éditions Presses de la Renaissance. 

 

                Nous sommes au XVème siècle, à Constance, en Allemagne. Marie Schärer s’apprête à épouser l’avocat Ruppertus Splendidus. Mais, à la veille du mariage, elle est accusée d’avoir eu des rapports sexuels avec plusieurs hommes. Dès lors, elle est arrêtée et violée dans sa cellule par les hommes avec lesquels elle est censée avoir couché. Elle sera reconnue coupable lors du semblant de procès qui annule le mariage avec Ruppertus. Elle est condamnée au fouet et au bannissement. En réalité, c’est le fiancé de Marie, Ruppertus, qui a tout fomenté. Ainsi, il s’empare de la fortune du père de Marie, Matthis Schärer qu’il tue accidentellement. De son côté, Marie est sauvée et soignée – ses blessures sont sérieuses – par une prostituée itinérante : Hiltrude. Bientôt, Marie n’a pas le choix et pour survivre, elle se prostitue. Dans sa tête, un seul objectif : gagner assez d’argent pour avoir la possibilité de se venger de son ex-fiancé, Ruppertus Splendidus. Pendant quelques temps, Marie et Hiltrude sont hébergées au château d’Arnstein en qualité de prostituées ; en effet, la châtelaine, Mechthild est enceinte et ne peut momentanément plus satisfaire son mari. Là, Marie apprend que Ruppertus prospère et continue de spolier son entourage pour asseoir sa fortune. Cependant, Marie et Hiltrude sont bien traitées et après l’accouchement de dame Mechthild, elles quittent le château à regret. Une fois sur la route, elles retrouvent leurs anciennes compagnes pour le meilleur et pour le pire. En effet, toutes seront violées – et certaines d’entre elles, assassinées - par des mercenaires. Mais Marie saura tirer parti de ce malheur : elle dérobe une bonne somme d’argent à leur chef. Après quelques mois de vadrouille, Marie tombe par hasard sur Jodokus, un traître rencontré au château d’Arnstein, et lui dérobe des documents qui prouvent la rouerie de son ancien fiancé, Ruppertus Splendidus. A l’occasion du concile à Constance, Marie et sa compagne se rendent dans la ville. Là elle retrouve Michel, un de ses soupirants qui, en cinq ans, est devenu chevalier. Elle retrouve également le comte Von Wüttenberg, son protecteur rencontré au château d’Arnstein. En place publique, et devant l’empereur Sigismond, ils dénoncent les malversations de Ruppertus qui est condamné à mort. Ceux qui ont violé Marie sont également confondus et condamnés. Marie, de son côté, est réhabilitée. Elle épousera Michel afin de rétablir sa réputation.

 

                Avec La catin, Iny Lorentz propose une saga qui m’a tout l’air d’être palpitante ! Ce premier tome, intitulé La catin est, en tout cas, très prometteur. Certes, il utilise les ficelles des grands romans historiques et populaires, mais avec un certain succès. On peut presque inscrire ce roman dans la lignée des Angélique, marquise des anges. Certes, si Angélique est souvent amoureuse et s’adonne aux activités sexuelles avec appétit, Marie, la catin, n’est jamais vraiment amoureuse et n’apprécie pas les rapports sexuels qui la laissent immanquablement froide. Il est vrai que la love story incontournable dans ce genre d’œuvre est absente de La catin. On se demande même si Iny Lorentz ne joue pas avec les attentes de son lecteur. Lorsque Marie retrouve Michel, on se dit « ça y est !, c’est le début d’un grand amour ! », mais rien ne se passe du côté de Marie. Il n’y a guère que le comte Von Wüttenberg qui inspire quelques sentiments positifs à Marie, mais rien de bien décisif ! Rien de bien marqué et remarquable ! 

                Il faut dire que dans La catin, les hommes ont très mauvaise presse. Ils sont concupiscents et ne pensent qu’à coucher avec des prostituées. Leurs vénalités les poussent à négocier des prix très bas pour ce service. Au lit, ils sont maladroits, égoïstes, et parfois violents ! Bref, rien que de très mauvais coups !

                Il n’y a pas que physiquement que les hommes ont un comportement à réprouver. Ils sont souvent moralement abjects. D’ailleurs, le roman propose une vision du monde très manichéenne. D’un côté, on trouve les bons et ils sont très peu nombreux ; de l’autre, on trouve les mauvais et ils sont pléthore. Corruption, falsification de documents, rapines conséquentes, fausses accusations et fausses preuves pour faire tomber un adversaire… Ce ne sont que les grandes lignes des crimes commis par le fiancé de Marie, Ruppertus Splendidus. 

                Par ailleurs, La catin, c’est un roman qui s’inscrit dans la veine des romans picaresques. Nous suivons les aventures de personnages de condition modeste – des prostituées itinérantes – qui parcourent l’Allemagne en tous sens. Elles rencontrent, au cours de leurs pérégrinations, des individus de tout acabit, du mendiant à l’empereur. C’est aussi l’occasion, pour Iny Lorentz, d’évoquer la condition de la femme au moyen-âge, et particulièrement celle des prostituées. La virginité, la réputation, sont des valeurs qui emprisonnent les femmes. Si elles sont soupçonnées de légèreté, les femmes sont condamnées à d’horribles supplices. En tant que prostituées itinérantes, elles sont rejetées de partout. Souvent, elles s’implantent en périphérie des villes et reçoivent sous leur tente des hommes de toute condition, souvent très sales et répugnants. Elles sont très vulnérables et lorsqu’un client se montre violent et menaçant, elles doivent parfois se plier gratuitement à leurs caprices. En chemin, elles peuvent être agressées, violées, volées ; voilà pourquoi elles doivent trouver des protections et suivent souvent des convois de marchands. Le roman nous plonge au cœur d’un groupe de prostituées et évoque leur camaraderie mais aussi leurs rivalités. 

                Reste à signaler que La catin peut se lire comme un roman d’aventure au cours duquel une prostituée parvient à se venger de celui qui a fait basculer son destin dans l’opprobre et le malheur. Il peut aussi se lire comme un roman historique qui évoque la situation en Allemagne au XVème siècle. L’épisode du concile de Constance, par exemple, est évoqué ainsi que la rivalité entre les trois papes, ou encore le martyre de Jan Hus. La dépravation de la société est aussi dépeinte à travers la présence de nombreuses prostituées. A l’occasion du concile, elles se sont d’ailleurs révoltées contre la concurrence déloyale d’autres femmes désireuses d’arrondir leurs fins de mois en s’adonnant à la prostitution.

                Ainsi, parvenue au terme de ce premier tome, je n’ai qu’une chose à dire en conclusion : vivement la suite des aventures de Marie dans un second tome intitulé La châtelaine !



10/03/2025
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